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BI
French

double CD

18.00 €

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Songwriter solitaire et néanmoins bordelais, French (François Gallet au civil) égrène depuis plusieurs années des arpèges acoustiques et tristes sur sa guitare, le rapprochant, même si ses influences vont plus vers Smog, de Georges Brassens.
Il y colle de très belles paroles, d'un noir où l'ironie et le calembour tentent de se frayer un chemin, d'une voix sourde et amère qui le rapproche du Dominique A de "Remué".
Le mélange n'a pas réussi à sortir de l'autoproduction, pourtant French semble aujourd'hui le meilleur (le seul ?) songwriter français. En tout cas, le plus urgent à découvrir.




french par Flóp

François Gallet alias French fut un temps le leader de Peloueyre, orchestre BORDELAIS du milieu des années 90.
Massé autour d’un auteur acariâtre et virtuosement mesquin, Peloueyre exécutait approximativement et tapageusement des chansons de facture très traditionnelle, aux couplets répétitifs et fondés sur deux à quatre accords. Les parties vocales étaient interprétées avec le strict minimum d’entrain qui permet de distinguer le chant du marmonnement. Les mélodies se développaient dans un intervalle excédant rarement la quinte. Le son, quoique crado, témoignait d’un certain sensualisme dérangé : batterie pseudo-free saccadé aux balais, violoncelle frotté à l’archet, guitares électriques et acoustiques négligées avec raffinement, sporadiques accessoires bruitistes.
Cette brève description devrait suffire à appuyer mon opinion selon laquelle Peloueyre fut le seul groupe français de l’histoire pouvant être raisonnablement comparé au Velvet Underground.

Depuis la séparation de son groupe et après l’édition testamentaire du single « Titanic » (chef-d’œuvre lo-fi sur Ubik 1996), French poursuit sa route avec maintes cassettes, démos, albums peu produits, pas distribués, aucunement écoutés. Un premier CD « La vénus démolie » (chez Début 1999) établissait dans l’indifférence générale sa qualité de songwriter supérieur.

Ce second CD, regroupant divers essais sur magnétophone, enfonce le clou.
J’écoute et réécoute ce disque désagréable, mal enregistré et sans single potentiel. Je m’interroge : qu’est-ce qui me rend French si immédiatement proche ? L’écriture est monotone dans ses thèmes (le dégoût d’autrui, le dégoût de soi-même, le dégoût), dans ses formes (toujours ses hexamètres et ces octosyllabes un peu faux, qui riment alternés, toujours ces petites phrases anémiées de piano ou guitare qui viennent ponctuer les couplets, toujours ce petit bouquet de timbres fanés : guitare d’étude, pédale trémolo et piano mal tempéré), dans ses effets (ces accumulations virtuoses et un peu gratuites d’expression détournées, ces chutes sempiternellement déceptives ou suicidaires, ces refrains au lyrisme minimal mais suffisant). Quelle est donc alors la raison qui me rend la musique de French si nécessaire, en comparaison de celle parfaitement dispensable de, mettons, Autour de Lucie ?

Je crois que c’est le sentiment que me donne sa musique de jaillir d’une nécessité intime. La certitude aussi que quelqu’un qui écrit aussi bien est quelqu’un qui n’a pas le choix. Je crois enfin que c’est sa voix, comme celle de Manset, comme celle de Lou Barlow, comme celle de Morrissey : ce timbre immédiatement identifiable qui parle encore mieux que les mots qu’il incarne, qui parle de crainte, de frustration, de révolte et de résignation feinte.
Si l’artiste est celui qui feint d’avoir choisi ce qui lui a été imposé, et s’il le feint par cette posture qui transmue la fatalité en beauté, alors French fait par les fées avorton est un grand artiste et son stratagème généreux a porté ses fruits.
Mais, je demeure malgré tout insatisfait : que French se borne ainsi à camper l’artiste maudit, dans l’éternelle quinzaine promotionnelle qui nous tient lieu d’époque, c’est vraiment trop facile. Ce qu’il faudrait, pour que l’on puisse vraiment mesurer l’épaisseur du gusse, c’est qu’il obtienne « fortune, gloire, amour ». Les choses commenceraient alors à se corser de façon intéressante pour le sombre Gallet, privé de son originel motif de mécontentement.
Que le secret de son talent commence à s’ébruiter, voilà qui va lui faire les pieds.

Flóp



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